mariage
L’écologie sociale, le cas du mariage – Partie 2
28 juin 2017
Etude sur le mariage

L'écologie du mariage

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Ce dossier vise à exposer une réflexion sur la réalité du mariage et le concept d’écologie sociale. Retrouvez le développement en trois parties suivant cette introduction en suivant ces liens.

 Partie 1

Partie 2

Partie 3

 

L’écologie sociale : le cas du mariage

 

L’écologie intégrale comporte le souci non seulement de l’environnement naturel de l’homme, pour préserver la qualité de l’air qu’il respire et de l’eau qu’il boit mais, aussi, de l’environnement social qui est le sien pour permettre la qualité des relations sociales, non moins vitales pour l’être humain. Autrement dit, si la société œuvre pour offrir aux individus un air respirable, ne doit-elle pas aussi susciter un climat social non seulement respirable mais vivifiant ?

Cette promotion de structures sociales vivifiantes peut être désignée, selon les termes du Saint Père, comme écologie sociale. En effet, ainsi que ce dernier le relève dans son encyclique Laudato si, « si tout est lié, l’état des institutions d’une société a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine »[1].

L’écologie sociale implique ainsi les institutions : cette « écologie sociale est nécessairement institutionnelle et atteint progressivement les différentes dimensions qui vont du groupe social primaire, la famille, en passant par la communauté locale et la Nation, jusqu’à la vie internationale. À l’intérieur de chacun des niveaux sociaux et entre eux, se développent les institutions qui régulent les relations humaines. Tout ce qui leur porte préjudice a des effets nocifs, comme la perte de la liberté, l’injustice et la violence »[2]. L’enjeu est grand, puisqu’il s’agit rien de moins que « la perte de la liberté, l’injustice et la violence » ! Autrement dit, d’une façon positive cette fois, l’enjeu de l’écologie sociale mérite qu’on s’y intéresse, s’agissant de la liberté, la justice et la paix.

Ceci étant posé, quelle direction prendre ? Quel critère permettra de juger du caractère écologique ou non d’une institution dans cette perspective d’une écologie sociale ? Le saint Père nous donne une piste en indiquant que « l’écologie intégrale est inséparable de la notion de bien commun » [3]. Il n’est sans doute pas superflu de rappeler ce que recouvre cette notion de bien identifié comme commun, à savoir « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée »[4]. Il s’agit donc de prévoir des structures qui permettent aux individus d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée. Vaste programme, qui mérite notre attention puisqu’est en jeu la perfection de chacun et de tous.

Le Saint père, pédagogue, précise que, si le bien commun « présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral », il « exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société » [5]. Le bien commun intègre donc le bien de la personne en tant qu’individu mais aussi en tant qu’être de nature sociale, membre d’une communauté et même de plusieurs communautés plus ou moins imbriquées, à commencer par la cellule de base, la famille. Il apparaît ainsi que la promotion d’une écologie intégrale, et plus particulièrement d’une écologie sociale, invite la société à prévoir une structure adaptée pour la famille, une structure familiale.

Par ailleurs, notre souci écologique environnemental ne se limite pas à préserver des conditions de vie acceptables pour la génération actuelle. Cette sollicitude s’étend au profit des générations futures et notre génération se soucie de ce que la suivante trouver à boire et à respirer, des paysages qu’elle contemplera, de la faune et de la flore qu’elle trouvera. Il est donc cohérent, dans la perspective d’une écologie intégrale, de se soucier aussi d’offrir aux générations futures un cadre social écologique, c’est-à-dire adapté à leurs besoins, pour venir au monde, y grandir et y vivre. La structure familiale est ainsi orientée au bien des individus existants comme de ceux à venir.

Est-ce le cas ? Notre société prévoit-elle une structure familiale, un cadre social adapté pour l’accueil et le développement de la famille ? La réponse est positive. Ce cadre, c’est le mariage.

Le mariage dont il s’agit ici n’est pas le mariage en tant que sacrement mais le mariage en tant que phénomène naturel et social. Certains pays reconnaissent des effets civils au mariage religieux. Au contraire, la France n’accorde d’effets qu’au mariage civil mais, dans tous les cas, ce dont nous parlons est le statut matrimonial, c’est-à-dire les effets que la loi civile accorde au mariage, quel que soit l’élément déclencheur, mariage religieux ou non. Le mariage désigne en effet tant la cérémonie de mariage que l’état qui en résulte, l’état de mariage, et c’est cet état qui découle de la loi qui est visé : le statut matrimonial.

L’existence de ce statut n’est pas anodine car la société aurait pu laisser l’union matrimoniale dans la sphère de la vie privée des individus et ne pas s’y intéresser. Le mariage engagerait alors seulement les époux l’un envers l’autre, dans un rapport privé, ce que font d’autres contrats comme le bail ou la vente. Au contraire, la société, par l’intermédiaire de la loi, institue le mariage pour en faire un statut social : pourquoi ?

La société institue le mariage non pour célébrer l’amour ou officialiser une vie de couple, mais pour donner un cadre légal à la famille, le mariage étant l’environnement social le plus adapté pour venir au monde et y grandir. Encore faut-il expliquer pourquoi le mariage est ce cadre le plus adapté à l’accueil de la famille (I). L’intérêt qu’il présente pour la société apparaît alors (II), ainsi que l’étonnement de constater le manque de promotion dont il souffre actuellement, ce qui ne peut se faire qu’au détriment du bien commun et donc de chacun (III).

 

[1][1] Pape François, Laudato Si. Sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015, §142.

[2] Laudato Si, op. cit., §142.

[3] Laudato Si, op. cit., §156.

 

Ce dossier est réalisé par Aude Mirkovic, Maître de conférences en droit privé à l’Université d’Evry